Soirée de charité

Adossé contre le mur, Dimitri observait la foule.
Tout ce ramassis de coincés du cul, d’intellectuels dégénérés et de scientifiques timbrés. Il les détestait tous.
Et cette soirée mondaine lui tapait sur les nerfs, comme tous les ans.
Layne Staley hurlait dans ses oreilles, comme s’il partageait son ras-le-bol.
Décadence de l’âme confrontée à l’hypocrisie collective.
Noël, le Nouvel An. C’était du pareil au même : hypocrisie et chaos.
Dimitri décroisa les bras ; il tenait à ce que ces gens voient clairement l’inscription de son sweat. « Why so fucked ? »
Étonnant que son père n’ait rien dit, tiens.
« Enlève ça. »
Darren Rockwood s’approchait justement de lui. Son père était grand. Élégant. Il portait des lunettes rondes et colorées qui lui donnait l’air gentil. Les basses vrillait dans ses oreilles, mais Dimitri put lire sur ses lèvres.
« Quoi ? Le sweat ? » risqua-t-il d’un ton cynique.
La main de son père fit voler les écouteurs, et la voix de Staley s’évapora.
Dimitri contracta la mâchoire.
Attention.
Darren reprit son calme. Il sourit.
Hypocrisie et chaos.
« Ce n’est pas très poli, Dimy. » ajouta doucement Darren en l’entraînant vers le buffet.
Il lui expliqua que le Dr. Cole tenait à ce qu’il soit présent ET attentif. Donc, pas de musique.
Ce n’est pas de la musique, pensa Dim en regardant son père serrer les mains de types à peine moins pourris que lui. C’est de l’extase auditive. Un son trash, produit par un mec trash. Layne Staley, ravagé par la coke mais bourré de talent, putain.
Mais son père l’ignorait à nouveau, trop occupé à écouter les compliments du cénacle d’intellectuels qui gravitait autour d’eux.
La congratulation de la bassesse.
Les actions caritatives de Darren Rockwood faisaient très bonne impression, ici.
Dimitri se mit à sourire, amèrement. Et ce sourire déplut à Darren ; son père n’aimait pas le voir sourire, jamais. Plutôt crever.
« Prends un verre.
— Non.
— Prends un verre. » répéta Darren avec une insistance froide.
Dimitri obéit, maussade.
Cul-sec.
Son père hocha la tête, ravi. En un instant, il était redevenu doux. C’était toujours comme ça, avec lui ; il pouvait lui briser la mâchoire et l’embrasser sur le front l’instant d’après.
Il l’a déjà fait, observa Dimitri pour lui-même.
À présent qu’il le voyait sourire aux autres, boire de l’eau – surtout pas d’alcool – et écouter ses propres éloges, il se disait que les soirées de Noël avec lui étaient définitivement nulles à chier.
Trois verres déjà, et Dim sentait sa langue s’assécher.
« Tu me surestime. » déclara lentement Dimitri à l’adresse de Darren, qui lui tendait son quatrième verre de whisky.
La tête lui tournait déjà.
Mais son père se mit à sourire.
Un sourire doux, si doux. Un sourire qui ressemble beaucoup trop au mien.
Nouvelle poignée de main avec un inconnu, nouveau hochement de tête distingué.
Et nouvelle pique, directement envoyée en uppercut à son fils :
« Je préfère que tu sois ivre que toi-même. »
Dimitri encaissa, le regard brûlant de rage. Et il lampa sa dernière gorgée. Cul-sec.

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