Les chats


Un coup de feu, puis plus rien.
Un soir de Juin 2001, Juan Filipe Quispe est assassiné.
Dans les quartiers populaires de la Ciudad Bolivar, c’est un soir comme un autre ; un corps tombe, sourdement, et des vies basculent. Celle de Paola Quispe, la grand-mère de Juan, par exemple. Celle de Poca aussi, dans une autre mesure ; pour les jeunes muchachos de Sierra Bolivar, c’est lui qui a fait le coup. Juan et Poca, amis inséparables, frères de rue. Si semblables mais si différents cependant ; le premier – El poeta, comme on le surnomme dans le quartier – des mots plein à la tête, un désir de fuir toute la violence environnante. Le second, s’y complaisant, de manière presque insolente. Vindicative.
Et puis ce soir, où la violence a encore gagné, où l’amitié s’est fracturée au contact de la cruauté.
Faire la lumière sur la mort de Juan, c’est s’enfoncer dans les ténèbres de Bogotá, dans l’errance de ceux que la vie a oublié ; les répudiés du bonheur, bandes à la fois rivales et fraternelles, chats errants sous l’emprise de cette force que l’on nomme le Mal.