Le masque de la Mort sublime

« L’as-tu terminée ?
— Presque. »
Allan contemple sa toile.
Il hésite, puis opine de la tête. Dans sa chambre d’étude austère, tout est sombre. Et ses boucles noires s’agitent dans l’obscurité, luisantes comme les ailes d’un corbeau.
Il contemple l’œuvre de ses grands yeux cernés, et trouve que sa peinture est plus que réussie : elle est belle. Mieux, elle est sublime. Car le sublime est l’essence de la grandeur.
Et cette peinture est grande, comme la vie. Et comme la mort, aussi.
Allan se retourne vers cette Mort, personnifiée et fière à présent de son portrait.
« Cela te plaît ?
— Plutôt. J’ai l’air noble, et terrifiante.
— Tu l’es. »
La Mort sourit. Un croissant de lune dans un ciel d’ébène.
« Nous devons partir à présent, Allan. »
Allan fait la moue. Il ne regrettera pas la vie, non. Car tous les êtres qu’il a aimés ont disparu, envolés par la fenêtre, comme tant d’espoirs vains et révolus.
« Allan ? Tu m’as tant aimée.
— Plus que la Vie.
— Tiens-tu vraiment à rester ici ? »
Allan sourit.
« Jamais plus. »

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