Dépannage

« Le Paradis.
C’est comme ça qu’ils l’appellent, les autres. C’est là qu’on jouait quand on était gosses. A l’époque, y avait un type qui s’appelait Didi — Didier, d’après mes suppositions, mais je peux me tromper —. Il vendait des pièces détachées, jusque-là rien d’anormal. Sauf que, voilà, les pièces qu’il vendait étaient particulières. »
Jim fronce les sourcils.
« Particulières ? Du genre.. illégales ?
— Nan, pas illégales.
— Alors quoi ? »
Big mouth mordille ses lèvres. Il fait souvent ça quand il réfléchit, et Jim déteste voir la peau de son collègue s’altérer sur les coins de sa bouche.
C’est répugnant.
« C’était des pièces que les gens demandaient. Des pièces qu’ils ne possédaient pas. Des yeux, des mains, des b…
— Arrête de te foutre de moi. »
Big mouth lui lance un regard en biais.
« Je me fous pas de toi. Y avait une condition, d’ailleurs.
— Ben voyons.
— Une clause de fidélité. »
Jim croise les bras sur sa poitrine, hilare.
« Et ça consistait en quoi, cette clause de fidélité ? »
Big mouth soupire. Son regard se lève vers le ciel, pensif. Il n’a jamais été trop bavard, Big mouth. Bien au contraire. La plupart du temps, il préfère les plaisirs de la contemplation silencieuse, de la dévotion.
Enfin, jusqu’à aujourd’hui.
Le monde est trop laid pour continuer à être dévot.
« Vas-y, insiste Jim. Explique cette histoire d’exclusivité.
— De fidélité, rectifie Big mouth en tripotant sa lèvre.
— Si tu veux.
— Être dévoué à Didi, tout simplement. Dans le cas contraire, il reprenait ses pièces : elles disparaissaient, tu vois. Comme ça, poof. »
Jim hausse les épaules.
« Dis donc. C’est une sacrée crapule ton D… PUTAIN QU’EST-CE QUE. »
Big mouth souriait. Ou du moins, il souriait sans bouche. Et c’était d’autant plus terrifiant.

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