Cata-base

Bien heureux est celui qui est mort.
Car l’enfer des vivants se trouvait sous ces catacombes industrielles. Des yeux qui ne voyaient rien, des oreilles qui n’entendaient plus. Et puis des bouches, faites pour crier. Des membres pour se tordre.
L’ère de l’Homme artificiel commençait nécessairement par une destruction ; pour construire, il fallait déconstruire. Hantologie perpétuelle où l’homme ne serait plus que spectre.
Trente-huit courait.
Ses pas résonnaient en écho sur les structures d’acier. Elle courait pour échapper à l’enfer, aux expériences qui avaient fait d’elle un numéro. Elle courait, car contrairement à d’autres, elle possédait encore ses jambes. Mais plus ses yeux.
Qu’aurait-elle vu, si cela avait été le cas ?
Un message, probablement. Un message inscrit sur un panneau d’acier, lui-même cloué à la porte de métal qu’elle heurta de plein fouet.
Verrouillée.
Trente-huit avait peur. Trente-huit ne craignait pas de perdre la vie, non. Elle craignait de la conserver. Elle pouvait déjà les entendre, courir après elle dans l’obscurité. Oui, contrairement à d’autres, elle possédait encore ses oreilles. Mais plus ses yeux.
Ses yeux ne voyaient pas le message, inscrit sur cette porte qui entravait sa fuite.
Et ce message disait : « Tu viendras jusqu’ici, tu n’iras pas au-delà. »

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