Blanc

Mon cauchemar est limpide, immaculé.
C’est un ensemble de rien, une rêverie évanescente qui m’effraie. C’est pour cette raison que je suis ici.
Toute ma vie, j’ai craint le néant. Pas le néant noir et nébuleux des ténèbres, mais le néant blanc, opalescent, de l’éternité vertigineuse.
Toute ma vie, j’ai tenté d’y échapper : en maculant ma vie de rouge, par exemple.
En assassinant.
Et je me suis retrouvé là, dans cet hôpital psychiatrique où mon pire cauchemar s’est matérialisé. Où les hommes en blouse blanche se déplacent, comme des fantômes, jusqu’à moi. Ils me saisissent, m’obligent à porter cette chose qui m’entrave, cette chose blanche que l’on nomme camisole. Ils me font avaler des pilules. Des pilules blanches. Et la frontière, diaphane, se brouille dans une aveuglante lumière.
Le néant blanc.
J’attends donc la mort vêtue de noir.
Allongé sur mon lit blanc, je regarde le plafond immaculé.
Aseptisé.
Autour de moi, plus rien n’existe. Les quatre murs capitonnés me renvoient ma propre frayeur. Une frayeur blanche.
J’attends toujours la mort vêtue de noir.
Assis sur les dalles de marbre blanches, je regarde le mur immaculé.
Aseptisé.
L’infirmier doit passer, changer mon linge qui devient gris. Mes vêtements que la poussière salit.
Mais mon ange salutaire est vêtu de noir.
Et il viendra sûrement, si mon linge devient rouge.

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